Aviez-vous déjà imaginé qu’une mélodie puisse suivre le contour d’un paysage ? C’est ce que les Mongols racontent parfois pour expliquer l’origine du chant long.
Contrairement au khöömii (chant diphonique), pratiqué par quelques centaines d’individus et très connu à l’étranger, c’est une technique vocale répandue partout en Mongolie et Mongolie-Intérieure (Chine), partagée par plusieurs ethnies, dont l’exécution varie d’une région à l’autre, selon celles ou ceux qui le chantent mais aussi selon que l’on soit face à la steppe, aux montagnes, ou au désert.
Ce chant se dit « long » car les mélodies trainent lentement d’une syllabe à l’autre, traversant parfois le temps d’un souffle une variété de procédés vocaux et ornements : passages rapides d’une voix de poitrine à voix de tête, glissandi, trémulations laryngées, accents glottiques, nuances puissantes puis légères et aériennes, le tout non mesuré. Il peut être a cappella ou accompagné d’une vièle cheval (morin khuur) ou d’une flûte traversière en bambou (limbe) jouée en respiration circulaire. L’instrumentiste suit et soutien le chant.
Avec des thématiques sacrées, symboliques ou philosophiques, on le chante traditionnellement lors de veillées, mariages, cérémonies de première coupe des cheveux d’un enfant ; au festival Naadam pour accompagner la lute ou encourager les chevaux et cavaliers au départ de la course ; ou encore dans les cérémonies d’état. Dans ces contextes, il peut y avoir une seule personne à chanter comme toute une assemblée.
Spectacularisé à la période soviétique, sa durée d’exécution initialement longue, de 15 à 40 min environ, a été réduite à 1 ou 2 couplets, allant de 3 à 5 mn pour les standards de la scène.
Malgré son inscription sur la Liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité à l’UNESCO depuis 2008, la conception du temps nomade dans la mondialisation a apporté des changements : la capacité d’écoute et de mémorisation des mélodies largement réduite, l’urtyn duu occupe de moins en moins de place dans les cérémonies domestiques, supplanté par des musiques de notre vision du temps, plus courtes, rythmées, comme la variété ou la pop. Les besoins changent, la tradition aussi, et la musique qui l’accompagne.
Les chanteurs et chanteuses qui connaissaient des centaines de chants longs autrefois, pratiqués dans différents contextes pour les besoins de la communauté ne courent plus les pistes. Au niveau national, on n’en pratiquerait plus qu’une soixantaine régulièrement aujourd’hui, rarement dans leur entièreté.
Si les Mongols ont déjà entendu du chant long, et quelques étrangers peut-être, l’occasion d’en entendre un en entier est une rareté en voie de disparition.
Avec l’une des plus grande interprète du genre, ce programme inédit et 100% féminin permettra de vous faire entendre la beauté et la richesse de ces mélismes des steppes, à l’encontre des récentes habitudes d’interprétation, pour raviver la profondeur véritable de l’art de l’urtyn duu.
Erdenetsetseg Khenmedekh
Chanteuse de chant long traditionnel mongol, ethnie Khalkh
Née en 1972 dans la province de Dundgovi, connu comme le « berceau du chant long », Erdenetsetseg Khenmedekh est une gardienne de la tradition du chant long, notamment des styles Borjigon et Bayan baraat.
Chanteuse de chant long depuis trois générations, elle se consacre à une recherche sur les aspects rares et anciens de sa pratique pour la restauration et la transmission de cette technique vocale. Ainsi elle chante, étudie et enseigne le chant long depuis plus de 30 ans. Son répertoire contient plus de 60 pièces de chant long.
Erdenetsetseg a travaillé en tant que soliste au Théâtre national des arts traditionnel d’Oulan-Bator et au Théâtre de Mandalgovi, la préfecture de la province de Dundgovi.
Artiste multi-facettes, Erdenetsetseg a su combiner la tradition du chant long aux styles rock, jazz et musique du monde avec différents projets artistiques, notamment : le quintet « Ajnai khuur » pionnier du rock-fusion (1995-2014), le groupe ethno-rock « Altan Urag » (2002-2019), un duo jazz avec le pianiste Chinbat Batmönkh (2014) et un projet hip-hop avec le crew de Ice Top (2020-2025).
Erdenetsetseg a publié son livre « Du giingoo au chant long » en 2019. Parallèlement à sa pratique du chant long, elle met en avant le chant court traditionnel en accompagnement avec la vièle khuuchir et le luth shanz. Détentrice de la couture traditionnelle, elle confectionne elle-même ses costumes de scène.
Références
Tournées internationales : Japon, Russie, Chine, Corée du Sud, Taiwan, France, Suisse, Italie, Espagne, États-Unis, théâtre du Bolchoï (Russie), siège de l’UNESCO, Festival Fuji Rock (Japon), Plenitude World Music Festival, bandes originales de films (Khadak, Mongol, Marco Polo), concerts solo en Mongolie, tournée « Une anthologie du khöömii mongol »…
Références
Théâtre de la Ville – Paris (FR), Théâtre Graslin – Angers Nantes Opéra (FR), Musée des Confluences (FR), Elbphilharmonie (DE), Les Champs Libres (FR), Université Rennes 2, Festival Les Détours de Babel (FR), invité au showcase de Tengerton sélection officielle – Babel Music XP 26…
